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Portrait de parrain :

On pense souvent l’étudiant handicapé comme un étudiant porteur de son handicap, depuis toujours. Pourtant, la vie réserve parfois aussi ce genre de surprises. Comment rebondir face à cette nouvelle donne ? Victor, parrain de la Journée de l’INSA Lyon,  nous livre son témoignage. Il a perdu la vue alors qu'il était en deuxième année de sa formation d'ingénieur.

photo de la table ronde 2010 de l'INSA.
Etudiant déficient visuel, en quatrième année à l’INSA de Lyon, Victor suit des études en génie énergétique et environnement. En quoi cela consiste-t-il exactement ?
" C’est l’étude grosso modo des types de production d’énergie : les énergies renouvelables, l’ensemble des procédés des centrales nucléaires, centrales thermiques, etc. J’aimerais  travailler dans les domaines un peu porteurs de la gestion de l’énergie et des économies d’énergie. »
 
Photo : la table ronde de la Journée Handivalides de l'INSA Lyon, le 18 février 2010.

Ton handicap constitue-t-il un problème pour ce type de cursus ? A-t-on pu trouver des adaptations ?

« Les adaptations passent entre autre par le tutorat. Il y a une fille de 5e année, donc une année au-dessus de  moi, qui m’aide deux heures par semaine pour voir si  j’ai bien assimilé les cours et les exercices. C’est un peu sur ma demande mais c’est un tutorat qui est financé par l’INSA. Donc, l’étudiante  est payée. J’ai le tiers temps pour les examens et il y a un secrétaire mis à ma disposition, qui me lit le sujet, qui me relit les questions, si j’ai besoin. Par contre, c’est moi qui rédige mes copies. »

Lors de ton choix de cursus, as-tu choisi l’INSA pour la qualité de l’accueil réservé aux étudiants handicapés ou est-ce le fruit du hasard ?

« En fait, mon handicap est apparu, lorsque j’étais en deuxième année à l’INSA. Donc, finalement cette question ne s’est pas posée pour moi lors de mon entrée. Par contre,  je me suis plutôt rendu compte que j’avais eu de la chance d’être à l’INSA. En regardant un peu autour de moi, je me suis rendu compte que tous les systèmes d’aide n’étaient pas forcément mis en place partout. Je pense  à l’université, par exemple. Cela aurait pu être plus délicat ailleurs d’obtenir le même type  d’aide que ce que j’ai eu à l’INSA. »

Donc, ils sont parvenus à t’apporter immédiatement le soutien dont tu avais besoin ?

« Oui. J’estime en tout cas qu’ils ont été assez présents et qu’ils ont su me rassurer. Moi en premier lieu, et surtout mes parents qui s’inquiétaient par rapport à ma poursuite d’études. Et là-dessus, ils ont été à mon sens assez irréprochables. »

Tu es le parrain de cette journée Handivalides, pourrais-tu me dire pourquoi tu as accepté ce rôle ?


« En fait, je suis assez engagé dans l’association HandiZgood de mon école. Parce que j’estime que j’ai tout à gagner du fait que mes camarades étudiants,  qui seront de futurs collègues et futurs collaborateurs en entreprise, soient sensibilisés au handicap. Dans le cadre de cet engagement, ça me paraissait  assez naturel finalement de devenir parrain de cette journée. »

Que penses-tu de cette journée Handivalides ? Penses-tu que cela puisse vraiment apporter quelque chose ?


« En fait, je peux en témoigner. Je suis rentré à l’INSA,  étudiant valide, et je sais que ma connaissance du handicap était proche du néant. Donc, je pense qu’il y a beaucoup à faire dans ce domaine-là, celui  de la sensibilisation des étudiants.. C’est d’ailleurs, je crois, une population assez ouverte d’esprit, à même de comprendre ce sujet plus facilement que quand ils seront en entreprise et auront moins de temps à consacrer à ça.  Il faut d’après moi mettre beaucoup de moyens en œuvre dès le plus jeune âge, pour que cela se fasse ensuite de manière naturelle et que ce soit bien ancré dans la société."

Relativement peu d’étudiants en situation de handicap font des études supérieures et notamment en grandes écoles. Que penses-tu de cette réalité et que penses-tu que l’on puisse faire  pour palier ce problème ?

« Je connais assez mal ce problème, parce que je n’y ai pas été confronté. La question à se poser, est-ce que ce sont les lycéens handicapés qui n’osent pas faire des études supérieures ou les établissements supérieurs qui n’arrivent pas à les accueillir correctement. Je ne sais vraiment pas et mon expérience à l’INSA n’est pas représentative à ce niveau. Néanmoins, je conçois très bien qu’un étudiant handicapé doit se battre encore plus que les autres pour y arriver. Je pense aussi qu’il y a encore des choses à mettre en place, au niveau des moyens et de la communication."

D’un point de vue plus personnel, puisque ton handicap s’est déclaré en cours de scolarité, as-tu envisagé de te réorienter ? Ou as-tu toujours conservé ton envie de poursuivre tes études dans le même domaine ?

« J’ai toujours poursuivi cette envie d’être ingénieur. C’est vrai que je me suis posé des questions quant au type de métier que je pourrais exercer, parce que « ingénieur » c’est assez vaste. C’est évident que lorsqu'on est déficient visuel, les chantiers, par exemple, sont relativement interdits et que je n’aurais donc pas pu me tourner vers le génie civil. Idem pour les métiers de la mécanique, qui exigent beaucoup de lecture de plans et une vision d’ensemble. Mais, en l’occurrence, il s’est révélé que la discipline que je voulais faire posait relativement peu de problèmes finalement par rapport à mon handicap. J’ai eu de la chance de ce côté-là. »

Est-ce que tu conseillerais aux futurs étudiants ou aux étudiants actuels en situation de handicap, de poursuivre leurs études malgré les difficultés ?


« Bien sûr. En plus, depuis les différentes lois handicap, les choses évoluent, notamment dans les entreprises. Aujourd’hui, les  étudiants en situation de handicap avec un haut niveau d’études  sont vraiment très recherchés par celles-ci. Donc, il n’y a aucun souci après pour trouver un emploi. Certes, il faut se battre dans le cadre des études supérieures mais après, je pense que c’est un peu moins difficile. »

Propos recueillis par Carla Jordao,
Animatrice déficiente visuelle du programme Handivalides.

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