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Avoir un handicap, certes, mais s’éclater, s’épanouir, se réaliser assurément… :

« Selon moi, le gouvernement a beaucoup communiqué et entrepris sur les handicapés et leur intégration dans une vie « normale », que ce soit à l’école ou dans les entreprises », nous dit Matthias, 25 ans, diplômé de l'INSA de Rennes et déficient moteur. Découvrons un aperçu de ce qu’il en est réellement au quotidien sur le terrain à travers son récit, où il partage son point de vue sur l’enjeu de la sensibilisation au handicap tant auprès des personnes valides qu’auprès de celles en situation de handicap !

Photo de Matthias.
Mon parcours de vie et d’études

Dès le CM 1, j’ai été scolarisé en école normale. Mon handicap, qui est moteur, ne m’a pas vraiment gêné. J’ai poursuivi une scolarité classique avec quelques aménagements notables tels que l’attribution d’un tiers temps lors des examens à partir de la classe de 4ème ou encore la possibilité de réaliser la « prépa intégrée » de l’INSA Rennes en trois ans au lieu de deux lorsque je suis rentré dans cette école d’ingénieurs qui forme les étudiants en cinq ans. Quelques aménagements d’ordres « logistiques » ont parfois dû être faits, par exemple pour les travaux pratiques de chimie où l’on est amené à se déplacer en compagnie de produits toxiques...

Le handicap ne doit pas être la composante essentielle de la réflexion guidant son projet professionnel !

D’un point de vue professionnel, j’ai terminé mes études début septembre 2007. Début octobre, j’ai été embauché en CDD chez un constructeur naval pour 6 mois. Durant cette période, EDF m’a sollicité puis embauché, mon CV étant alors toujours actif sur différents sites de recrutements classiques et plus spécifiques pour personnes handicapées. Aujourd’hui, cela fait presque un an que je suis dans cette entreprise, dans une unité consacrée à la sûreté nucléaire où l’on est responsable d’essais non-destructifs garantissant la fiabilité du parc nucléaire français. Cette mission va durer environ 5 ans avant que je puisse prétendre à la mobilité interne. Aujourd’hui, si je devais faire un choix, je souhaiterai aller sur site, c’est-à-dire continuer à travailler dans le domaine de la sûreté nucléaire mais au cœur du problème, dans une centrale, et de fait, accessoirement retourner en province…

Cela dit, j’estime, qu’aussi intéressant et épanouissant soit un métier, que l’on travaille pour vivre et non pas l’inverse. De fait, mes orientations professionnelles se définiront compte tenu du « projet de vie » du moment qui d’ailleurs ne sera sûrement pas que le mien... Le sentiment que j’ai du monde du travail est très positif. Si difficultés il doit y avoir lors de l’intégration, et c’est malheureusement bien possible, il n’y a, à mon sens, aucune raison que ce soit spécifiquement lié au handicap mais tout simplement parce que c’est difficile pour tout le monde et que toutes les filières n’offrent pas le même panel de débouchés…

De fait, s’il est important de définir au plus tôt et au mieux son projet professionnel et que le handicap doit être une composante de la réflexion, il ne doit en aucun cas être LA composante essentielle du projet. L’idée est vraiment de le considérer comme une spécificité à part entière qui, à compétences égales (et j’insiste particulièrement sur ce point), peut s’avérer un « atout ».

Mon recrutement a été en quelque sorte un accord « gagnant-gagnant ». En effet, du fait de mon handicap, mon chef de service à pu bénéficier de la part des RH d’un « ticket de recrutement » supplémentaire pour l’année 2008. Etant donné la charge de travail existante, il fut d’ailleurs très content de renforcer l’équipe de nouvelles compétences. Quant à moi, jeune diplômé, j’ai obtenu un CDI, dans une entreprise à métiers variés et vraiment intéressants qui offre d’énormes opportunités de carrière.
 
Les enseignements que je retire de mon parcours

Mon expérience me permet d’affirmer qu’il convient de privilégier, autant que faire se peut, l’intégration des enfants, ados et jeunes dans des établissements classiques. Des structures d’aménagement existent et offrent aux élèves en situation de handicap les conditions préalables à un enseignement de qualité et dans de bonnes conditions. J’ai eu la chance d’être aidé et appuyé tout au long de mon parcours par mon entourage, j’ai côtoyé des professeurs, directeurs et personnels très ouverts et disposés à faire en sorte que tout se passe au mieux…

Mon point de vue sur l’engagement Handivalides...

Je pense qu’au vu de la méconnaissance générale du monde du handicap, le concept « Handivalides » est à encourager au maximum, notamment pour celles et ceux qui sont amenés à côtoyer directement des personnes handicapées, et qui, bien que remplies de bonne volonté, ne savent souvent pas comment appréhender les choses par peur d’être maladroit.

En généralisant, l’idée est pour moi de parvenir à transférer complètement la notion de handicap de la personne à l’environnement qui l’entoure. Car il s’agit bien d’une situation qui n’est pas adaptée à un individu et certainement pas l’inverse. De plus, trop souvent encore, il arrive que des personnes qui ne sont sensibilisés au handicap que très ponctuellement, comme par exemple lors Téléthon, place « la déficience » avant l’individu. En ce sens, elles n’imaginent absolument pas les parcours réalisés, la richesse des vies… En bref : avoir un handicap, certes, mais s’éclater, s’épanouir, se réaliser assurément… A leur décharge, je reconnais, que l’image véhiculée par les médias ne donne pas forcément un sentiment « d’éclate totale » face au handicap et tend, parfois sans le vouloir systématiquement vers le compassionnel. Heureusement, certains clichés tombent petit à petit et il y a du progrès… Et, non, nous sommes pas tous vertueux, courageux et digne d’éloges mais simplement humains !

Aller vers les structures existantes... L’ingrédient qui ajoutera un soupçon de bien-être et de confort à votre vie étudiante !


Il ne faut pas hésiter à aller vers les structures existantes et à en devenir acteur ! J’ai eu l’opportunité et la chance d’intégrer le conseil d’administration de l’association Handisup Rennes dès mon arrivée à l’INSA. Aujourd’hui devenue Handisup Bretagne, cette association s’occupe de l’intégration professionnelle des jeunes en situation de handicap, du lycée jusqu’à l’accès au premier emploi. Les structures du type d’Handisup, en plus d’apporter un soutien matériel et logistique aux étudiants à différents niveaux afin de faciliter leur insertion, sont également un moyen supplémentaire de rencontrer des gens, de réaliser des projets, de sortir… Pour résumer tout ce que doit être une vie étudiante ! D’ou l’importance pour l’étudiant d’être demandeur, de se renseigner quant à leur existence et autant que possible d’en devenir membre actif ! C’est bien par la présence d’individus moteurs, au cœur du système, que les actions et activités d’associations telles que Handisup ou Starting-Block bénéficient d’un plus large écho…

Etre riche de ses différences, de ses expériences, ça peut paraître être un lieux commun, un cliché… Tout ce qu’on voudra, mais c’est, bien sincèrement, le sentiment global que j’en retire…


Propos recueillis par Smahen Amrani, Starting-Block