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Facultés intellectuelles et physiques, entourage volontaire et bienveillant, de la chance :

Les clés du parcours d'intégration réussi de Frédéric, Parrain de la Journée Handivalides de Marne-la-Vallée.

portrait frédéric.
Frédéric est un des 5 étudiants qui a témoigné dans le cadre de la Campagne "Jeunes et Handicaps, égalisons nos chances" de Starting-Block. Infirme Moteur Cérébral, il se déplace en fauteuil manuel et abordait dans ce cadre la question spécifique du logement... Il revient plus longuement sur les clés de réussite de son parcours et nous livre, sans concession, ses interrogations sur l'intégration des jeunes handicapés.
Mon parcours…

Après un parcours en collège et lycée ordinaire à Biarritz et mes classes prépas à Bordeaux, je poursuis actuellement un double cursus en tant qu’élève ingénieur à l’ENPC et étudiant en architecture à l’Ecole d’Architecture de Marne-la-Vallée.

J'ai eu la possibilité de tracer le parcours scolaire que je souhaitais malgré des conditions initiales peu favorables. Cette "possibilité" que j'évoque est une donnée intangible, la combinaison qualitative de facultés intellectuelles et physiques, d'un entourage volontaire et bienveillant et d'une dose de chance.

Je place volontairement les capacités intellectuelles en tête de ce cortège contextuel, mais il est frappant de constater combien l'intégration scolaire d'un handicapé - dont on dresse souvent un portrait béat trop mélioratif, alors qu'il est en fait question de réintégrer une norme - se heurte à des obstacles exogènes qu'un minimum de bon sens et d'argent public suffirait à balayer définitivement.

Je parle aussi de la nécessité de "facultés physiques" dans mon parcours. Si je n'avais pu faire quelques pas, mon histoire se serait arrêtée en bas des escaliers de mon école primaire, ou à défaut de mon collège, ou de mon lycée d'enseignement secondaire, ou de mon lycée de classes préparatoires.

Et d'un "entourage volontaire et bienveillant", car le défaut d'accessibilité du parc scolaire français reporte les contraintes d'accueil des élèves handicapés sur le personnel ; quels qu'ils soient, chefs d'établissement, professeurs, surveillants, agents, j'ai toujours eu affaire à des gens disposés à faire plus de la moitié du chemin pour rétablir l'équilibre de la balance de l'égalité des chances.

Justement, cette "chance" est intervenue quand aucune autre solution ne se profilait à l'horizon. A plusieurs reprises, mon projet d'existence a rencontré une rustine providentielle qui lui a permis de continuer sa route malgré les encombres.

Je me relis, et je constate avec perplexité la fragilité de mon cursus. L'intégration est un processus à mi-chemin entre s'intégrer et être intégré. Mon expérience, et elle n'est malheureusement pas la seule, témoigne d'une carence forte en ce qui concerne la deuxième composante.

Mon engagement dans la dynamique Handivalides…

Je suis toutefois aujourd'hui un pur produit de l'enseignement français - l'élite, se gargariseraient certains -, et j'en suis fier. J'ai reçu, comme des centaines de milliers d'autres étudiants, une éducation me permettant d'exercer un regard critique, et d'exprimer des opinions avec recul. Il serait proprement égoïste de ne pas réinjecter ces capacités dans le système, afin de l'accompagner dans une mutation nécessaire, vers une accessibilité totale. C'est dans cet esprit que j'ai rejoint la dynamique Handivalides!

Mon rôle de parrain…

Le rôle de parrain est la concrétisation de ce devoir de représentation. J'ai la chance de posséder les moyens et la légitimité de témoigner d'un parcours encore peu habituel, je me dois de le faire. Je me dois aussi de mettre en avant, sans concessions, les éléments de blocage avec lesquels j'ai dû composer et qui entrent en totale contradiction avec les valeurs affichées par nos dirigeants.

Je suis cependant conscient que ma participation constitue en filigrane le risque de brouiller le message que je souhaite porter. On préfère naturellement donner la parole à ceux qui réussissent. L'échec est pourtant bien plus éloquent dans le domaine de l'intégration scolaire. Loin de vouloir dresser un tableau pessimiste, j'entends néanmoins ne pas masquer les ratés de l'intégration scolaire des handicapés derrière mon histoire qui est finalement peu représentative.
Frédéric, 23 ans, élève ingénieur à l’ENPC, infirme moteur cérébral.