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Derrière ses lunettes noires, il n'a pas la grosse tête :

Axel, 22 ans, brillant étudiant à HEC et déficient visuel a accepté de parrainer la journée Handivalides des étudiants en commerce de l'Escem.

Portrait d'Axel.
Axel ne passe pas inaperçu avec ses énormes lunettes aux verres épais. Né très malvoyant, il a malgré tout suivi une scolarité quasi normale et intégré, il y a deux ans, la prestigieuse école des Hautes Etudes Commerciales (HEC), en se classant premier au concours d'entrée ! En tête des 360 admis, Axel n’a pas pour autant pris « la grosse tête ». En racontant son histoire, il souhaite faire de ce résultat un exemple à suivre pour d’autres jeunes handicapés, en leur montrant que c’est possible ! Ainsi, il n’hésite pas à s’investir dans des actions de sensibilisation pour faciliter l’intégration des jeunes en situation de handicap dans l’enseignement supérieur. Si sa scolarité à HEC se passe au mieux, il estime qu’il y a encore beaucoup de travail à faire auprès de l'administration des grandes écoles pour les informer, les sensibiliser à l'accueil de ces étudiants qui demandent une attention particulière. En tant que parrain de la Journée de l’Escem à Tours, Il a pris le temps de répondre à nos questions.


Pourquoi faut-il sensibiliser les « valides » à la problématique du handicap ?

Pour moi, l’enjeu de la sensibilisation au thème du handicap est double : il s’agit de « dédramatiser » le handicap tout en faisant prendre conscience des difficultés pratiques qu’il peut poser. En effet, au-delà de ces problèmes pratiques, une des difficultés que les personnes handicapées peuvent rencontrer est une certaine « peur du handicap » : par exemple, la peur des enseignants de ne pas savoir adapter leur cours, la peur des autres étudiants de ne pas savoir « comment faire », la peur des employeurs de ne pas bien accueillir les personnes handicapées…

Quelles sont les difficultés principales que tu as dû surmonter pendant ta scolarité ?

Du fait de mon handicap, certaines choses ont pu être un peu compliquées : il est, par exemple, difficile à un malvoyant de réaliser des schémas en maths ou des cartes en géographie, ou même de suivre une présentation sur PowerPoint comme il y en a beaucoup en école de commerce. Les difficultés sont différentes selon le handicap, et on ne peut pas vraiment en tirer de règle générale. Evidemment les matières littéraires sont a priori plus accessibles que les matières scientifiques qui nécessitent plus d’adaptation (utilisation du Braille par exemple).
 
Mais ce qui me paraît plus important, c’est que, grâce aux gens qui m’ont entouré pendant ma scolarité, j’ai pu trouver des solutions à ces difficultés. J’ai par exemple bénéficié du soutien de l’INJA (Institut National des Jeunes Aveugles) qui m’a prêté du matériel informatique pour prendre mes notes et a réalisé de nombreuses transcriptions en Braille (textes utilisés en cours, sujets de devoirs…). Tout au long de ma scolarité, mes professeurs ont également fait le nécessaire pour que je puisse suivre leurs cours : ils ont accepté de dicter en même temps qu’ils écrivaient au tableau par exemple.

Comment se déroule ton intégration auprès des autres étudiants ?

Mon intégration, aussi bien au lycée qu’en classes préparatoires ou à HEC, s’est toujours très bien passée. J’ai essayé autant que je le pouvais de suivre ma scolarité le plus normalement possible, et mes camarades m’ont toujours aidé quand j’en avais besoin. Je crois aussi que le fait de suivre presque toute ma scolarité dans des établissements « classiques » a été une source de motivation pour moi, et que les autres jeunes, en me traitant comme un élève « ordinaire », m’ont beaucoup aidé à m’adapter.

Comment envisages-tu ton avenir professionnel ?

La scolarité à HEC permet d’effectuer des stages en entreprise et ainsi de découvrir différents secteurs. Lors de mes stages, j’ai été très heureux de voir que le handicap n’était pas une barrière dans les entreprises qui m’ont accueilli : là encore des adaptations sont nécessaires, notamment sur le poste de travail, mais je crois que de plus en plus d’entreprises sont prêtes à faire ces adaptations. J’ai donc une vision très optimiste du monde du travail par rapport à mon handicap, même si il reste beaucoup de choses à faire. L’accueil, par exemple, n’est pas toujours au point en France ; il y a, d’une part, des difficultés pratiques comme les problèmes d’accessibilité pour les personnes à mobilité réduite et, d’autre part, une peur d’ouvrir l’entreprise aux personnes handicapées par crainte de ne pas pouvoir en faire assez pour elles. C’est une erreur et c’est vraiment dommage car nous sommes capables d’être autonomes !

Quels conseils donnerais-tu à des jeunes lycéens en situation de handicap dans leur choix d’études ?

Le premier conseil, qui me tient énormément à cœur parce que c’est celui que je crois avoir suivi, est le suivant : « ne vous limitez pas dans vos choix. Choisissez vos études en fonction de ce qui vous plaît, non en fonction de ce qui est le plus « adapté » à votre handicap ». Evidemment, il y a forcément des limites à ce conseil, certains métiers sont incompatibles avec certains handicaps, mais je crois que beaucoup d’adaptations sont possibles.

Le second conseil que j’aimerais donner, parce qu’il m’a également beaucoup servi, c’est de chercher autour de soi les gens capables d’aider : professeurs, amis, organismes (pour moi, c’était l’INJA) etc.
 
Enfin, il ne faut pas hésiter à se renseigner à l’avance sur ses études car d’autres personnes handicapées les ont peut-être suivies. Et également discuter en amont des adaptations possibles avec les établissements scolaires et les professeurs. L’essentiel, c’est de trouver les bons interlocuteurs, leur expliquer les difficultés, les rassurer sur sa capacité à s’adapter et pouvoir leur proposer des solutions.