Mon parcours…
« Après ma prépa littéraire à Montpellier, j’ai intégré Sciences Po Paris en passant le concours. J’ai passé les mêmes épreuves que les autres mais je bénéficiais d’un tiers temps supplémentaire pour composer mes copies sur le logiciel Jaws. A mon arrivé à Sciences Po, il y a trois ans, le système d’accompagnement pour les étudiants handicapés n’était pas aussi développé qu’aujourd’hui. Par exemple, je pouvais accéder physiquement à la bibliothèque mais pas à son contenu. Je demandais alors soit à l'association Baisser les Barrières de me numériser les ouvrages, soit à mes parents de faire une lecture enregistrée. Aujourd’hui, je n’ai plus ce problème à Sciences Po puisqu’ils ont développé le service de numérisation des ouvrages, ce qui me permet une consultation aisée via Jose.
Ma vie d’étudiant…
Concernant mon rapport avec les professeurs, je vais à leur rencontre au début de chaque cours pour me présenter. Ils sont tous volontaires pour m’aider mais, selon leur degré d’aisance avec l’informatique, certains réussissent à m’apporter un appui plus concret en m’envoyant les textes à étudier dans le bon format informatique.
Aujourd’hui, le plus difficile pour moi, ce n’est donc plus d’accéder au contenu pédagogique mais de me déplacer d’un site à un autre en respectant les contraintes de temps. Les trottoirs trop étroits et très fréquentés ne me permettent pas de me déplacer très rapidement avec ma canne. Cependant, en dehors de cette contrainte, j’ai pris mes repères à Sciences Po et j'y circule facilement. Finalement, ce qui a été le plus difficile pour moi c’est le fait de s’intégrer dans une autre ville, surtout Paris. Force est de constater que ce problème est propre à la majorité des étudiants fraîchement arrivés à Paris.
Au fil du temps, de nombreux avantages se font aussi sentir : un réseau de transports très développé et une offre culturelle riche, souvent adaptée pour les déficients visuels. J’ai plaisir, comme tous les autres étudiants, à découvrir des expositions, à aller au théâtre, au cinéma, ainsi qu'à la piscine près de chez moi !
Je considère être pleinement intégré parmi les autres étudiants de Sciences Po. C’est plus souvent facile de créer des liens pendant les Conférences de méthodes où les groupes sont limités à une vingtaine d’étudiants, comme un TD. Cependant, en amphi, je lie facilement connaissance avec mes voisins puisque mon bloc-notes braille intrigue et suscite toujours des questions... Cela permet de créer un premier contact avant de lier connaissance plus en profondeur.
D’ailleurs, j’ai toujours eu des amis valides et non-voyants. Mais c’est vrai que je ne les mélange pas forcément. La plupart du temps, ce sont des cercles d’amis différents et il faut dire que chez moi je n’ai pas la place pour inviter tout le monde !
Mon engagement en tant que parrain de journée Handivalides à Sciences Po…
J’ai choisi de parrainer la Journée Handivalides de Sciences Po parce qu’il est important de sensibiliser les autres au handicap pour qu'ils sachent notamment comment se comporter avec une personne touchée par un handicap. La plupart du temps, les gens souhaitent aider les personnes handicapées mais soit ils n’osent pas proposer leur aide car ils ne se sentent pas à l’aise, soit ils prennent l’initiative sans le demander et font même de l’excès de zèle. Par exemple, je marche dans la rue avec ma canne quand tout à coup quelqu’un me tire par le sac à dos en criant « attention au poteau ! ». Certes, je me dirigeais vers le poteau mais ce que certaines personnes ne semblent pas comprendre, c'est que ma canne était là pour le repérer et me permettre de le contourner !
J’ai donc hâte de voir ce que les gens vont retenir d’une journée Handivalides et en particulier du parcours à la canne !
Propos recueillis par Agnès Furon