Monsieur Morel, pourriez-vous me dire de quels types d’adaptations vous avez eu besoin aux cours de vos études et aujourd’hui en tant que professeur ?
« Les adaptations qui me sont nécessaires sont restées les mêmes au fil du temps. Il s’agit d’un tiers temps pour les examens ou concours, un ordinateur avec un logiciel de reconaissance vocale, ainsi qu’un assistant. »
Au vu des soins qui vous sont nécessaires, bénéficiez-vous d’un aménagement d’emploi du temps particulier pour votre travail ?
« Non. Je travaille à temps partiel et je suis rémunéré en conséquence. Je tiens à le préciser car, dans d’autres académies, les professeurs handicapés qui travaillent à temps partiel, sont rémunérés comme des temps pleins. Toutefois, cette question de la rémunération reste à la discrétion de chaque académie. Enfin, si l’on se réfère plus précisément à l’emploi du temps, j’ai demandé au proviseur-adjoint de mon établissement de ne me faire débuter les cours qu’à partir de 10 heures. En effet, j’ai besoin de temps le matin pour me préparer et pratiquer mes soins. Celui-ci s’est montré très compréhensif à ce niveau. »
Vous nous avez fait le plaisir de passer cette journée Handivalides avec nous. Que pensez-vous de ce type d’événement ?
« Je trouve cela très bien. Cela permet aux personnes d’avoir un aperçu des difficultés que peuvent rencontrer les personnes en situation de handicap. J’ai pu constater également qu’il existe un véritable problème d’accessibilité par rapport à certains lieux de l'établissement, notamment au restaurant universitaire où j’ai déjeuné. Celui-ci n’étant pas accessible, il a fallu que j’accède à la salle du repas, en passant par le monte-charge qui sert à apporter la marchandise aux cuisines. Comme quoi, il reste encore des choses à faire... »
Que pensez-vous de la loi du 11 février 2005 ? A-t-elle vraiment apporté quelque chose pour les personnes handicapées ?
« Je dirais que oui, même si cela a apporté surtout un nouvel élan. Toutefois, cette loi n’est pas parfaite et il reste bien des choses à faire au niveau de son application. C’est aussi, je pense, tout l’intérêt d’une telle journée, car une loi ne pourra jamais tout. »
En tant que professeur et personne handicapée, que pensez-vous du fait que peu de lycéens en situation de handicap poursuivent des études supérieures ?
« Je trouve que c’est dommage. Je pense qu’il ne faut surtout pas se limiter. Il est vrai que l’on doit souvent produire beaucoup d’efforts et que ce n’est pas facile. Mais il existe des outils qui sont en place pour rendre les études accessibles. Il ne faut pas s’empêcher d’aller plus loin et de tenter la carrière que l’on souhaite, malgré les difficultés. »
Parmi vos élèves, avez-vous déjà eu des élèves ayant un handicap ?
« Oui, des élèves dyslexiques. »
Est-ce que ces élèves vont plus facilement vers vous, étant donné que vous êtes aussi en situation de handicap ?
« A vrai dire, j’essaie d’établir avec mes élèves et mes collègues aussi, un esprit de confiance. C’est pourquoi j’ai fait le choix dès le départ de ne jamais parler de mon handicap, puisque, de toute façon, il se voit. Inutile donc d’insister trop là-dessus. En revanche, cela laisse l’opportunité aux élèves notamment de venir vers moi, de me parler librement ou de me poser les questions qui les préoccupent à ce sujet. »
Propos recueillis par Carla Jordao
Animatrice déficiente visuelle de la campagne Handivalides