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Nicolas, étudiant déficient visuel à Strasbourg :

Il ne connaissait pas la Campagne Handivalides mais a adhéré immédiatement à la démarche... Il nous raconte pourquoi.

Portrait de Nicolas.
Mon parcours…

Mon parcours universitaire n’a pas été totalement linéaire. J’ai obtenu en juin 2008 une Licence en langues étrangères appliquées à l’université Marc Bloch, ce qui m’a permis d’entrer à l’institut des Relations Internationales où je prépare un Diplôme Universitaire dans ce domaine. Je compte finir par un Master 2 professionnel dans le domaine de la Coopération entre l’Union Européenne et les Pays en Développement. Mon but est de pouvoir soutenir des personnes qui en ont besoin, tout comme des personnes m’ont soutenu quand j’en avais besoin, même si c’est de manière différente. Mon projet professionnel initial était de devenir éducateur spécialisé, c’est pourquoi j’avais passé une année d’initiation à la psychologie. Mais mon handicap visuel a finalement bloqué ce projet professionnel, car il m’était difficile d’encadrer des groupes.

Pourquoi j’ai accepté de devenir parrain de la Journée Handivalides…


Tout simplement pour son dynamisme : je trouve que les journées Handivalides sont très différentes de la plupart des autres journées de sensibilisation auxquelles j’ai pu assister. Les initiatives prises sont très concrètes et très parlantes. Je pense qu’il n’y a rien de mieux pour se rendre compte de la réalité d’une chose, que de se mettre en situation et d'échanger avec les acteurs concernés. Je me rends bien compte de la difficulté d’expliquer avec des mots. Par exemple, étant malvoyant, je dois constamment expliquer que je peux faire des choses que ne pourrait pas forcément faire une personne aveugle. J’ose espérer que les personnes sensibilisées se rendront compte que les handicaps peuvent être extrêmement variés mais qu'il faut réussir à vivre avec, 24 heures sur 24, 7 jours sur 7.

Mon rôle pendant la Journée…


Il s’agit peut être d’un vœu pieux, mais du fait de mon vécu, j’espère pouvoir faire passer certains messages, qui sont parfois paradoxaux entre eux. Je suis membre depuis quelques années de l’association des spinas bifidas (nom barbare de ma maladie) et handicaps associés (ASBH) dans laquelle on retrouve un très grand nombre de handicaps très différents, mais tous causés par cette maladie. Au sein de cette association, je trouve que nulle différence n’est faite entre les personnes selon leur handicap. Je me souviens notamment d’une promenade que nous avons faite à 5 personnes. Je me trouvais là avec ma canne blanche, une autre personne à mes cotés était en fauteuil roulant, la troisième avait des béquilles pour se déplacer, la quatrième faisait aussi partie des malades mais n’avait aucun appareillage, et la cinquième était totalement valide. Pourtant la conversation allait bon train, le plus naturellement du monde.

C’est cette image que j’aimerais retrouver au quotidien : que tout le monde puisse se fréquenter sans plus voir la différence de l’autre. Je pense que le jour où la société aura acquis cet état d'esprit, beaucoup de choses changeront pour les personnes handicapées. Et peut être même que les politiques ne feront plus de la politique de solidarité une variable d’ajustement pour leurs budgets ! En effet, selon moi, si l’on va actuellement dans le bon sens (bien que lentement) en ce qui concerne le changement de mentalité, ce n’est pas forcément le cas au niveau des moyens alloués par la collectivité publique, et cela se ressent très directement sur le quotidien des personnes handicapées. Il y a pas mal de tracasseries administratives très lourdes, dont franchement on se passerait bien, d'autant plus quand on doit déjà supporter toutes celles inhérentes à la maladie ou au handicap.
Et c’est là le second grand message que je voudrais faire passer : s’il n’y a pas lieu de faire de grosses différences, il faut parfois ne pas oublier la multitude des choses que gère une personne handicapée et qui peut expliquer certains coups de mou, mais ceci n’est en aucun cas une raison de ne pas la fréquenter, car comme tout le monde, les personnes handicapées aspirent à une vie sociale développée.

Voilà, j’espère donc pouvoir être utile à la compréhension de ce qu’est un handicap, et ce qu’il peut engendrer, pour que les personnes valides ne fuient plus, de peur de mal se comporter.
 
Nicolas, 24 ans, étudiant déficient visuel
Propos recueillis par Marc Sprunck, Starting-Block.