PHOTO : la table ronde, Université Paris 1, le 9 avril 2010.
- Pourrais-tu te présenter en quelques mots ?
« Je m’appelle Farés. En ce qui concerne mon parcours scolaire, j’ai fait un baccalauréat scientifique. Ensuite, j’ai intégré Paris I, Panthéon Sorbonne en première année, filière économie. J’ai passé les deux premières années sur le site de Tolbiac et pour la licence je suis allé à Panthéon la Sorbonne, même si ce site n’est pas très accessible. C'est difficile, voire impossible, d’aménager certains lieux, surtout quand ce sont des bâtiments classés « monuments historiques ». Je parvenais tout de même avec la secrétaire à changer de salles, quand c’était nécessaire. Actuellement, je suis en master pro Banque finances. »
- Quel type de handicap as-tu ?
« J’ai une myopathie de Ulrich. Il s’agit d’une maladie génétique. J’ai marché jusqu’à l’âge de 16 ans, puis j’ai été opéré pour ma scoliose et depuis, je suis en fauteuil roulant. »
- As-tu besoin d’adaptations spécifiques ?
« Je ne bénéficie pas d’aménagement spécifique. Je n’ai besoin que d’une table dont on puisse retirer la chaise. Pour les amphis, comme à Tolbiac, par exemple, j’avais besoin d’une table à part, parce que, même pour atteindre la première rangée de table, il y a une marche. Je me mettais sur les côtés pour suivre les cours, parce qu’au centre, il n’y avait pas de place. Quant aux examens, j’utilise le tiers temps supplémentaire, mais seulement pour les examens terminaux. »
- Et ton lycée, était-il accessible ?
« J’ai choisi un lycée où il y avait un ascenseur et des aménagements spécifiques pour les personnes handicapées. C’était néanmoins un lycée privé qui accueillait tous types d’élèves et pas uniquement des élèves en situation de handicap. »
- Le choix de ce lycée privé s‘est fondé en priorité sur son accessibilité ou sur la qualité de ses enseignements ?
«Tout d’abord, il y avait la qualité de l’enseignement, ensuite il y avait aussi le fait qu’ils accueillaient des élèves handicapés. Enfin, il y avait un ascenseur et pas de marche à l’entrée. »
- Que penses-tu de la loi du 11 février 2005 ?
« La loi est bien en tant que telle. Mais, au point de vue des résultats, il y a un certain retard, je trouve, au niveau des aménagements. Si l’on prend l’exemple des cafés, il y en a encore beaucoup qui ont une marche au niveau de la porte d’entrée. En général, il faut attendre que quelqu’un t’ouvre la porte parce qu’en plus, les portes sont généralement hyper lourdes. Au niveau des cinémas, parfois, on ne peut tout simplement pas accéder aux salles. L’échéance est fixée à 2015, mais je ne suis pas sûr qu’on aura fait de réels progrès d’ici là.
En France, même si cela dépend fortement des endroits, on est vraiment en retard à ce niveau. Dans le film documentaire de Starting-Block « Jeunes et handicap, les étudiants prennent la parole », un des étudiants fait référence à la ville de Lille et c’est vrai que là-bas, je n’ai jamais connu de problème, alors qu’à Paris, je rencontre sans cesse des soucis au niveau de l’aménagement. »
- Que penses-tu du fait que peu de personnes en situation de handicap effectuent des études supérieures ?
« Lorsque je suis arrivé à la fac, en première année, j’étais frappé de voir que j’étais le seul en fauteuil. Ensuite, sur le site de Panthéon la Sorbonne, nous étions deux ou trois. C’est vrai que je me suis toujours demandé pourquoi et si c’était des soucis d’accessibilité qui les freinaient. Mais de toute façon, je considère que si l’on veut, on peut. Il n’existe pas d’obstacle infranchissable. En général, les gens aident quand on est dans le besoin. En entrant à la fac, j’étais avec un ami qui venait du même lycée mais petit à petit, on s’est intégré et on a eu de nouveaux copains Les personnes nous aident. Il ne faut pas avoir peur. »
- Parviens-tu à concilier études et vie étudiante active ?
« En fait, quand on est une personne handicapée, il faut chercher à s’intégrer. Il ne faut pas être timide et il ne faut pas se dire « je suis handicapé, peut-être que les gens ne vont pas m’aimer ». Partant de ces principes, je me suis toujours intégré aux groupes dans lesquels j’étais et m’y suis fait des amis. Avec eux, j’effectue des sorties, je rencontre du monde. Je peux dire que j’ai une vie parfaitement normale. »
- Que penses-tu d’actions de sensibilisation, comme celles de la campagne Handivalides ?
« C’est plutôt positif ce type de manifestation. Ca permet, via les mises en situation, de se rendre compte des difficultés quotidiennes rencontrées par les personnes handicapées, quels que soient leurs handicaps. Mais je pense qu’il y a un gros travail de communication à faire pour que ces journées soient mieux connues. Si je n’avais pas été au courant en amont, je ne l’aurais peut-être même pas vue. Je n’ai pas remarqué les affiches, alors que quand il y a une soirée, par exemple, on voit partout des immenses affiches, jusqu’à un mois à l’avance. »
- As-tu déjà eu l’occasion de te rendre à l’étranger et d’y constater l’accueil et la prise en charge des personnes handicapées ?
« Je suis allé à New-York et je suis tombé amoureux de cette ville, que ce soit au niveau des rues, des trottoirs, des transports publics... Même le métro new-yorkais, bien qu’ancien, est aménagé. Après la guerre du Vietnam, il y a eu beaucoup de mutilés et de blessés de guerre. Il leur a fallu tout adapter. Même au niveau des bus, le chauffeur s’arrête et descend. Il a une sorte d’élévateur et c’est lui qui s’occupe de tout. Ma mère a voulu l’aider et on lui a dit que non, c’était lui qui gérait ça. C’est pour ça que je dis qu’à Paris, on est vraiment en retard. »
Propos recueillis par Carla Jordao,
Animatrice déficiente visuelle de Starting-Block