Après de multiples interventions et de nombreuses années de rééducation, la paraplégie s’est progressivement résorbée, pour n’être plus aujourd’hui qu’une paraplégie incomplète des membres inférieurs. Benjamin est ainsi passé du fauteuil au déambulateur et ensuite aux béquilles. A l’heure actuelle, le jeune homme ne retrouve le fauteuil que pour les longs déplacements et lors de ses entraînements et matchs d’handibasket.
Lors de la journée Handivalides à l’université de Lille 2, ce mardi 2 mars, l’occasion m’a été offerte de le rencontrer, en tant que parrain de la journée. Ce fut une interview intéressante et sympathique, à l’image de mon interlocuteur.
Au regard de ton handicap, as-tu suivi une scolarité ordinaire ou as-tu fréquenté des établissements spécialisés ?
« Mes parents voulaient vraiment que je suive une scolarité ordinaire, comme tout le monde. Pourtant, entre 1995 et 2000, c’était assez compliqué en France de trouver une classe qui veuille bien nous accueillir. Mes parents ont finalement rencontré un directeur d’école qui était très impliqué, parce que lui-même avait un fils handicapé mental. Il a tout fait pour que je sois parfaitement intégré dans cette école et ça s’est donc très bien passé. Au collège, ils étaient aussi très ouverts à ce niveau-là. Puis, pour le lycée, cela a juste posé quelques petits soucis au niveau du sport. Notamment parce que, pour le bac, on doit passer une épreuve de sport. C’est sûr que là ça a été toute une bataille, au niveau académique et au niveau local de me faire une épreuve. Mais sinon au niveau des autres enseignements, je me sentais vraiment comme un élève lambda. »
Ainsi, hormis quelques adaptations pour le sport, tu n’as pas besoin d’adaptations particulières pour suivre les cours ?
« Comme je peux désormais me déplacer avec des béquilles, c’est vrai que je suis assez autonome dans mes mouvements. Mais, je sais, par exemple, que mon ancien lycée a refusé une élève handicapée, parce que le proviseur a estimé, étant donné ses difficultés à se déplacer, qu’elle ferait perdre trop de temps, entre les cours, pour passer d’une salle à l’autre. Donc, elle a dû aller dans un lycée spécialisé. »
Alors, d’un point de vue accessibilité, comment était justement ton lycée ?
« C’était un lycée tout neuf. Enfin, il avait une dizaine d’années et il était assez adapté. Il y avait des ascenseurs, les classes étaient grandes, les portes étaient larges. Je n’ai pas vraiment rencontré de problème. D’ailleurs, c’était une volonté de ma part, lorsque j’ai quitté le collège de choisir un lycée accessible. »
Tu avais donc quand même dû anticiper cette question-là ?
« En fait, c’est surtout venu de la situation de mon collège, qui, lui n’était pas du tout accessible. Il était immense, sur trois étages, et sans ascenseur. Je me souviens que les déplacements y étaient très pénibles. »
Toutefois, cela ne t’a pas pénalisé, ni retardé dans tes études ?
« Non. La seule chose qui m’a retardé, ce sont les interventions chirurgicales. J’ai dû redoubler ma seconde, parce que pendant cinq mois, j’ai été opéré et hospitalisé, en centre de rééducation."
As-tu pu néanmoins bénéficier d’aménagements pour pouvoir poursuivre tes études, au cours de cette période ?
« Oui, il y a eu un suivi. Mais le centre de rééducation où j’étais ne s’en occupait que jusqu’à la troisième. Donc, j’ai dû me débrouiller avec les cours à distance du CNED. En fin d’année, on s’est dit qu’il valait mieux refaire une seconde, afin que je puisse avoir toutes les bases. Et c’est vrai qu’ensuite, jusqu’au bac, il n’y a plus eu de problèmes. Donc, très franchement, à ce niveau-là, je ne regrette pas d’avoir pris un an de retard. »
Comment s’est passé ton arrivée à l’Université de Lille 2 ? Pourquoi avoir choisi cette université ?
« Tout d’abord, je tiens à préciser que j’étais à Dijon l’an dernier, car je suis dijonnais d’origine. Mais ce qui m’a amené à Lille, c’est ma passion pour le handibasket que je pratique à un haut niveau, notamment en équipe de France. Il me fallait donc trouver un bon club où je puisse jouer. En plus, l’université de Lille 2 me proposait la formation que je recherchais, orientée en communication et management. »
Que penses-tu de la loi de 2005 et de ses apports pour les personnes handicapées ?
« Comme toutes les lois, il y a du pour et du contre. On peut dire qu’il y a beaucoup de choses qui ont été faites suite à cette loi, dont de très bonnes initiatives. Mais - parce qu’il y a hélas souvent un « mais » - on a néanmoins toujours l’impression que cela ne va pas assez vite et qu’il manque certaines choses. Par exemple, j’ai l’impression que cette loi n’a traité que le handicap moteur, en laissant de côté les autres handicaps. Enfin, je n’en parle que par ma propre expérience mais, par exemple, quand j’étais à l’Université de Bourgogne, au niveau de l’adaptabilité des cours, je n’ai pas spécialement vraiment vu d’adaptations pour les personnes ayant un handicap visuel ou un handicap auditif. Par contre, il est certain qu’ils étaient très ouverts et faisaient vraiment des efforts. Donc, dès qu’il y avait un problème, on pouvait aller les voir et leur faire des propositions, ce qui est finalement le plus important. »
As-tu toujours suivi les études que tu souhaitais ou as-tu fait tes choix en fonction de ton handicap ?
« C’est sûr que j’ai dû réfléchir à mes études, afin que cela corresponde à un travail que je pouvais faire au regard de mon handicap. Par exemple, quand j’étais plus jeune, je voulais être journaliste. Mais, progressivement j’ai compris que c’était un travail qui exigeait beaucoup de déplacements de terrain, ce qui risquait d’être parfois un peu compliqué. Du coup, je me suis dirigé vers une filière « communication et management » où je trouverais probablement un poste « sédentaire » plus facilement, je pense. »
Que penses-tu de cette journée Handivalides ?
« Je trouve cela très bien. Cela permet notamment de sensibiliser les élèves « valides », même si je n’aime pas utiliser ce terme-là, et de montrer que, nous aussi, on est là, qu’on fait partie de la société et qu’on peut accéder à des études supérieures. Des initiatives comme celles-ci leur permettront sans doute aussi de mieux comprendre les difficultés rencontrées au quotidien par les personnes handicapées et de montrer, qu’en France, il reste encore bien des choses à faire à ce niveau. »
Comment as-tu été perçu et accepté par les autres étudiants ?
« Avec les autres étudiants, je dois dire que maintenant ça se fait tout seul. Au début, on a toujours les traditionnelles questions : qu’est-ce qui t’est arrivé ? Pourquoi es-tu handicapé ? C’est un peu la routine pour moi maintenant d’expliquer. Ca se passe bien en général avec les étudiants même si je pense, qu’il y a quand même un problème au niveau de la société, en général. Je suis parti aux Etats-Unis, pendant une semaine, et j’ai été surpris par leur « non regard », par l'indifférence des gens là-bas face au handicap. En France, même si à force, on est habitué, il y a toujours des regards soutenus dans la rue. Aux Etats-Unis, ça m’a semblé plus naturel. On nous salue, on nous demande comment on va, et si l’on galère sur un trottoir, on vous propose tout simplement de l’aide. D’un point de vue de l’accessibilité, les Etats-Unis sont vraiment des champions aussi. Je pense donc qu’il y a encore pas mal de travail de sensibilisation à faire en France. »
Beaucoup d’étudiants handicapés ne font pas de hautes études, qu'en penses et que pourrait-on améliorer d'après toi ?
" Chaque année, en effet, la semaine pour l’emploi des personnes handicapées met en évidence le fait que beaucoup d’entre elles ont un niveau d’études inférieur au bac. Je ne sais pas trop quoi dire, si ce n’est qu’en effet, il faut faire passer le message aux gens qu’ils ont le droit et la possibilité d’aller plus loin dans leurs études et de trouver un emploi qui leur convienne. Il faut dire qu’il y a toujours une solution à un problème. Je suis des études, et j’encourage les autres élèves, les autres étudiants plus jeunes à en faire. "
Photo ©Nicolas Pehe, Starting-Block
Propos recueillis par Carla Jordao,
Animatrice déficiente visuelle de l'association Starting-Block