Mon parcours…
Né à Rennes, en Bretagne, je souffre d’une perte progressive de l’audition depuis la naissance. C’est à l’école, à l’âge de 7 ans, lors de dictées que mes professeurs prennent conscience de mon problème d’audition, en raison de fautes d’orthographes anormales. Deux ans plus tard, j’étais appareillé et aujourd’hui, je connais une perte auditive de 92%. Bien que muni de 2 prothèses de qualité, ce handicap complique mon quotidien…
Après l’obtention de mon BAC à Rennes, j’ai entamé 2 années de préparation au Lycée Chateaubriand dans le but de passer le concours Mines-Ponts et intégrer l’ENSTA ParisTech.
Bien décidé à me donner les moyens de contrer les difficultés liées à mon handicap, j’ai suivi de manière intensive des cours d’orthophonie durant plus de 9 années et appris à lire sur les lèvres par moi-même. Cet apprentissage et ces efforts constants rendent mon handicap presque indescriptible de prime abord en raison de ma bonne articulation à l’oral.
Je suis aujourd’hui en dernière année à l’ENSTA et suis parallèlement un Master finance en anglais à l’Université Paris 1.
Concernant ma vie d’étudiant, mon activité au sein de plusieurs associations estudiantines a facilité mes premiers contacts avec les autres étudiants. Même s’il est vrai qu’au quotidien, mon handicap ne me permet pas de partager les mêmes activités que mes camarades comme par exemple, aller au cinéma, assister à des concerts… Ou même partager une conversation autour d’un déjeuner à la cafétéria de l’école, car il m’est impossible de suivre une discussion à plusieurs avec autant de « bruit ». A force d’avoir à se répéter encore et encore, agacement et impatience priment sur la bonne volonté des mes compagnons !
Suivre les cours est aussi un combat fastidieux car j’entends ce que les professeurs disent mais impossible de les comprendre… Mission ardue et fatigante certes, mais pas insurmontable : merci aux slides et aux polycopiés!
Mon engagement dans la dynamique Handivalides…
Via l’intermédiaire de l’association étudiante RéMiSoL, j’ai été contacté par le référent handicap de l’ENSTA qui m’a présenté les journées Handivalides. Sincèrement, j’ai trouvé cette initiative très positive et encourageante quant à la situation des étudiants en situation de handicap.
En effet, généralement, quand ce sujet est abordé, c’est toujours d’un point technique et médical mais rarement humain. C’est toujours une certaine image de contrainte qui est mise en avant alors que, par notre quotidien et notre parcours, nous pouvons tenter d’expliquer nos « atouts »… Mais cet aspect ne vient pas à l’idée des gens, alors que, par exemple, mon sens de l’observation et de l’analyse a fait de moi le meilleur élève de la classe en Communication !
J’espère que cette journée Handivalides sera l’occasion d’échanger et de s’interroger sans tabou sur le quotidien des personnes handicapées. L’occasion aussi de découvrir ce que les étudiants dits valides auront ressentis et les aider à développer leur impression par rapport aux jeux de mises en situation par exemple – les aider à comprendre une partie du quotidien d’une personne en situation de handicap.
Mon rôle de parrain de la journée Handivalides à l’ENSTA…
Etant le seul étudiant handicapé à l’ENSTA, je ne pouvais qu’accepter ce rôle car c’est l’occasion pour moi, de partager mon histoire, mes attentes et mes doutes quant à l’évolution de la situation des étudiants handicapés. De plus, le thème de la table ronde aborde la question de l’accessibilité des grandes écoles d’ingénieurs via les concours communs pour les étudiants handicapés. Long parcours que j’ai, à force de volonté et de détermination, traversé en bénéficiant du tiers temps – avantage mêlé d’un soupçon d’effets pervers (les épreuves s’enchaînent et, du coup, la fatigue et la déconcentration se font très vite sentir) et pas toujours adapté au handicap de l’étudiant (aucune alternatives proposées aux épreuves orales à un étudiant sourd) ! Les constats sont posés, les alternatives pourront peut être enfin faire échos lors de la journée de sensibilisation Handivalides !
Jean-Marie, 23 ans,
étudiant en mathématiques financières à l’ENSTA,
déficient auditif.