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Sciences expérimentales et handicap visuel :

Jean-René Hamon est directeur de recherche au CNRS dans le domaine de la chimie. Devenu non voyant après un accident, il a pu néanmoins continuer sa carrière de chercheur. Mais il nous fait part des difficultés spécifiques rencontrées par les étudiants déficients visuels dans les sciences expérimentales (géologie, biologie, physiques, chimie).

Table-ronde Chimie ParisTech : Comment intégrer les personnes en situation de handicap dans le monde de la Chimie?.
Photo : la table ronde de la Journée Handivalides de ChimieParisTech, le 8 mars 2010.
 
Pouvez-vous nous en dire plus sur votre parcours ?

Je suis Directeur de Recherche au CNRS. J'ai été victime d'un accident qui m'a coûté la vue, au cours de mon  stage postdoctoral aux Etats-Unis en 1983.  A cette époque, j'avais déjà terminé mes études supérieures et soutenu ma thèse de doctorat d'Etat en Sciences Physiques et j'avais déjà intégré le corps des chercheurs du CNRS. Je pense que c'est parce que j'ai pu étudier la chimie, de façon théorique et expérimentale, en tant que voyant que j'ai ensuite pu continuer, moyennant des aides techniques, mon travail de recherche dans cette discipline.

Connaissez-vous des étudiants déficients visuels dans votre domaine : la chimie ?

Personnellement, je ne connais pas d'étudiants non voyants qui étudient ou ont étudié la chimie dans l'enseignement supérieur. J'ai même effectué une enquête auprès de la cellule Handicap de mon université et de mes collègues enseignant-chercheurs et le résultat de cette enquête est sans appel : il n'y a pas et il n'y a pas eu d'étudiants non voyants en chimie à l'université de Rennes 1. Le constat est exactement le même suite aux discussions avec les professeurs de Chimie ParisTech. Ceci explique sans doute pourquoi il m'a été proposé de participer à la table ronde "Chimie et Handicap" lors de votre journée Handivalides à Chimie ParisTech, même si je ne suis plus étudiant.

Pensez-vous que cela soit spécifique à ce type de handicap ? Les personnes déficientes visuelles rencontrent-elles des  difficultés particulières dans les sciences expérimentales ?

Oui, tout à fait. Pour les autres types de handicap, des moyens techniques existent pour travailler et faire des expérimentations dans de bonnes conditions.  Les étudiants déficients auditifs bénéficient de signaux lumineux pour signifier des alertes de sécurité, par exemple. Pour les étudiants en situation de handicap moteur, un effort est fourni au niveau de l’accessibilité des locaux et notamment des laboratoires.
En revanche, il est évident qu’une personne atteinte de cécité ne peut pratiquer seule les expériences, d’abord pour des raisons de sécurité. Elle pourrait représenter un danger pour elle-même mais aussi pour les autres. Ainsi, dans le domaine expérimental, même avec l’assistance d’une personne spécialisée, cela reste très complexe. Il faut reconnaître qu'il est difficile pour une personne déficiente visuelle d’imaginer des formules. Il s’agit plutôt de compétences que l’on acquiert par la vue, en observant les différentes formules et les réactions chimiques.

Les lycéens handicapés visuels se refusent-ils donc à ce type de carrière, conscients de ces difficultés ?


Effectivement, on se fait toujours une représentation de ce que l’on peut faire ou pas, à partir du contexte et de l’environnement (entourage personnel, professeurs…) On pourrait imaginer dans l'absolu qu’un étudiant déficient visuel puisse y arriver, dans le domaine de la chimie, en travaillant avec des modèles moléculaires par exemple, en étant toujours assisté pour les expériences par une personne compétente etc. Mais cela reste néanmoins, comme je l’ai dit,  très complexe.
Il faut être assez clair là-dessus : dans le domaine de la chimie, les personnes non-voyantes ne peuvent pas faire tout ce que fait une personne valide. Sinon, on ne parlerait pas de « handicap ». C’est un souci que peuvent rencontrer les personnes qui perdent la vue après un accident, et qui souhaitent pouvoir faire exactement les mêmes choses que lorsqu’elles étaient valides.


Après votre accident, avez-vous rencontré des difficultés pour continuer à évoluer dans le domaine de la chimie au CNRS ?

Très tôt, dès 1987, le CNRS a fait partie des organismes qui se sont impliqués et ont pris des dispositions en faveur de l’intégration du personnel handicapé. Cela a commencé par la mise en place d’une Cellule Handicap et le recensement des personnes handicapées au sein du Centre de Recherche. Les salariés en situation de handicap ont ainsi pu y bénéficier d’une formation et de la mise à disposition d’un matériel adapté.

Comment travaillez-vous au quotidien ?


Pour tous les outils texte et de communication standard (messagerie…), j’ai à ma disposition du matériel adapté qui me permet de travailler sans difficulté. En revanche, pour les outils graphiques (présentation de mes travaux sur PowerPoint, lecture des schémas etc.),  je bénéficie d’une assistance spécifique, et également de l’aide de mes collègues.

Pourquoi avez-vous accepté de devenir parrain de la journée Handivalides à Chimie ParisTech
 ?

Il est vrai que le handicap fait toujours peur, il est donc important de favoriser la connaissance mutuelle. Je pense qu’il est très important de partager son expérience, ses réussites, ses difficultés.
 
Propos recueillis par Emilie Ouchet, Starting-Block
 
 
 
 

La Marraine de la campagne

Marie-Amélie Le fur, double vice-championne paralympique.
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