Visite en mode "mal voyant" avec Handilog.
Changer de mode.Personnaliser vos paramètres.

Guillaume, parrain de la journée Handivalides à l'ESC Clermont-ferrand :

Guillaume est malentendant de naissance. Diplômé de l’ESC Clermont Ferrand, il travaille aujourd’hui en tant que prévisionniste des ventes et responsable de la logistique d’approvisionnement, dans une multinationale américaine spécialisée dans les biens de consommation courante. Malgré la réussite dont témoigne son parcours, Guillaume tient à dénoncer, sans langue de bois, les difficultés qu’il a pu rencontrer, notamment au niveau de l’enseignement public. Son récit nous permet de mesurer l’importance de sensibiliser aussi le corps enseignant...
 

portrait guillaume.
Photo : la Journée Handivalides de l'ESC Clermont, parcours à la canne, 5 mars 2010.
 
Pouvez-vous vous présenter ?

« J’ai 27 ans et je suis originaire de Normandie (Eure). Je suis malentendant de naissance. Pour pallier à ce défaut auditif, je suis appareillé et je m’aide principalement de la lecture sur les lèvres.

J’ai commencé l’école dans le privé car les écoles publiques n’acceptaient pas de prendre en charge un enfant avec ce handicap à cette époque (années 80). Après un baccalauréat  économique et social, je suis arrivé à l’IUT du Havre, qui disposait de petits amphithéâtres, donc  plus simples pour entendre. J’y ai obtenu, non sans mal, un DUT Logistique et Transport.

Ensuite j’ai voulu poursuivre mes études dans une école généraliste, pour obtenir un Master spécialisé en logistique. Je suis donc entré à l’ESC Clermont Ferrand. Durant ma formation, j’ai passé un semestre au Danemark pour les études et le travail. Ma dernière année s’est déroulée en alternance à Paris où je travaillais chez L’Oréal. Après cette expérience, j’ai débuté mon activité professionnelle en tant que cadre dans une entreprise industrielle de produits de grande consommation. J’y suis prévisionniste des ventes et responsable de la logistique d’approvisionnement pour une de leurs marques. »

- Avez-vous besoin d’aménagements spécifiques au regard de votre handicap ?

« Oui, à l’école, j’avais besoin d’avoir les cours par écrit, car je ne pouvais pas suivre en amphithéâtre faute de pouvoir lire sur les lèvres des professeurs. En effet, ceux-ci tenaient leur micro devant leur bouche et ne manifestaient guère de volonté de changer leurs habitudes, malgré mes nombreuses demandes. En entreprise, mes besoins concernent plus des aménagements techniques, pour le téléphone par exemple. »

- Que pensez-vous des types d’actions comme la journée Handivalides ?


« Ces journées sont une opportunité intéressante pour faire connaître et reconnaître les personnes handicapées dans notre société. Lors de mon séjour dans les pays nordiques, j’étais surpris de voir autant de personnes handicapées dans la vie de tous les jours. Après m’être renseigné, j’ai appris que la proportion de personnes handicapées n’y est pas plus importante qu’ici. C’est simplement que les personnes handicapées sont entièrement intégrées à la population. La société a su s’adapter et aménager les infrastructures afin qu’ils puissent y évoluer librement et sans contrainte. Cette réussite passe par la communication et le fait de faire découvrir le handicap à tous. La méfiance n’a pour origine que la méconnaissance du sujet. Des journées comme celles d’Handivalides donnent au public des informations dont il ne dispose pas forcément. »

- Au cours de votre parcours scolaire et  même professionnel, votre handicap a-t-il été une source de rejet ? Comment cela s’est-il passé ?

 
« Lorsque je suis arrivé à l’IUT, donc dans l’enseignement public, j’ai découvert à quel point mon handicap était un frein pour l’institution. N’entendant pas les cours en amphithéâtre, j’ai fait de nombreuses démarches auprès de mon établissement pour obtenir des cours écrits ou simplement une carte pour faire des photocopies de cours. Ces aides m’ont toutes été refusées, car trop compliquées à mettre en place. Essayant de trouver du soutien parmi le corps professoral, j’ai eu la surprise de devoir faire face aux déclarations de deux professeurs qui m’ont expliqué pour l’un, que sa feuille de paye ne se trouverait pas augmentée s’il m’aidait, et pour l’autre que ma place était surtout en centre de formation professionnelle ouvrière adaptée aux handicapés.

Devant redoubler ma première année, j’ai eu une opportunité inespérée car cette année là, au Havre, se déroulait un colloque européen sur l’insertion des personnes handicapées. Je suis retourné voir la direction pour leur faire croire qu’une équipe de la télévision voulait faire un reportage sur moi et sur mon intégration à l’école. Tout ceci était faux mais cela m’a permis d’avoir le droit à la mise en place d’un programme de tutorat, grâce auquel j’ai pu obtenir mon diplôme. L’association Handisup Haute Normandie a aussi joué un rôle très important dans mon intégration dans l’établissement et pour trouver des stages en entreprise. »

- Au point de vue accessibilité, les établissements que vous avez connus étaient-ils tous accessibles ?

« Seules les écoles privées que j’ai fréquentées ont fait preuve d’une vraie volonté pour m’intégrer et me permettre de réussir, au même titre que les élèves valides. A l’ESC, la responsable de la vie scolaire, a par exemple joué un rôle très important dans la réussite de mon diplôme. En effet, nous avons travaillé ensemble, lors d’entretiens réguliers au cours desquels elle suivait mon intégration et prenait connaissance de mes besoins d’aménagements particuliers. Ce type d’initiative ne prend pas beaucoup de temps pour les personnels d’établissement et pourtant, il change considérablement les conditions d’étude et de réussite pour l’étudiant handicapé. »

- Pensez-vous que la loi du 11 février 2005 apporte vraiment quelque chose aux personnes handicapées ?

« Les volets les plus concrets et visibles de cette loi sont, d’une part, les aides financières et, d’autre part, l’emploi.

Les aides financières sont les bienvenues, dans un contexte où beaucoup de handicaps ne sont pas, ou peu, aidés financièrement. Par exemple, la surdité nécessite un appareillage très onéreux, qui doit être renouvelé tous les 3 à 5 ans environ. Ces appareils fonctionnent avec des piles qui ont un prix de vente comprenant une marge très importante. Pour s’en rendre compte, il suffit de comparer les prix en pharmacie ou chez les audioprothésistes avec les prix de certains sites Internet. Ces aides prévues par la loi de 2005 sont donc utiles pour financer le droit de palier à son handicap.

De leur côté, les entreprises, depuis cette loi, ont dû vaincre leur peur des personnes handicapées et entrer dans une démarche constructive d’embauche, d’intégration et d’adaptation de poste par rapport au handicap. Ce n’est pas de trop lorsque l’on sait qu’une personne en situation de handicap a 15 fois moins de chance d'obtenir un entretien d'embauche qu’une personne valide. L’image extérieure dégagée par une entreprise devient elle aussi très importante. Elle se doit aujourd’hui d’être écologique et éthique. C’est pourquoi elles sont de plus en plus nombreuses à prendre conscience de la problématique du handicap en entrant dans une démarche d’embauche et d’insertion de personnel handicapé. Elles ont aussi des avantages financiers à le faire, car non seulement elles s’évitent ainsi le paiement des sanctions prévues par la loi si elles ne disposent pas d’au moins 6% d’employés handicapés, mais en plus, l’Agefiph peut financer certains projets liés au handicap. Dans une société peu favorable à l’intégration naturelle, la discrimination positive apparaît alors comme la solution la plus efficace. »

- Au cours de vos études, parveniez-vous à avoir une vie étudiante active ?


« A l’ESC, j’accordais de l’importance aux activités extrascolaires. Je faisais donc partie d’associations comme l’association informatique de mon école ou bien le club service du Rotaract de Clermont Ferrand. Dans le cadre de ce dernier, nous avons mené un certain nombre d’actions afin de récolter de l’argent en faveur d’associations comme l’association de déficients visuels Valentin Haüy. Cette vie étudiante extrascolaire était importante pour moi afin de rencontrer des personnes extérieures à mon école et de voir d’autres choses, tout en étant utile. »

- Très peu de lycéens en situation de handicap effectuent des études supérieures et encore moins dans de grandes écoles. Que pensez-vous de cette problématique ?


« Alors même que l’intégration des personnes handicapées évolue dans le milieu professionnel, il reste un travail important à faire en milieu scolaire. L’entreprise où je travaille se plaint de ne pas trouver suffisamment de profils handicapés issus de grandes écoles et cela peut se comprendre. Mon parcours scolaire en établissement public témoigne du progrès qu’il reste à faire pour que les écoliers et les étudiants handicapés aient les mêmes chances que les autres face à la réussite.

Le moins que l’on puisse dire est qu’il faut encore aujourd’hui beaucoup de courage et de soutien pour s’engager vers des études supérieures. Mais l’enjeu vaut le combat ! Ces difficultés renforcent indirectement le désir de réussite et les opportunités d’emplois sont grandes quand on y arrive, vu le peu de personnes handicapées ayant atteint ce niveau d’études, comparativement aux besoins des entreprises.

De plus, pour certains recruteurs en entreprise, embaucher un jeune diplômé handicapé lui donne la certitude que la personne sera persévérante et saura s’adapter à son nouveau milieu,  vu tout le parcours d’obstacles qu’elle à dû suivre pour réussir à en arriver là !

Enfin les associations consacrées au handicap ont un rôle important à jouer. Ceci doit passer par des opérations de communication auprès du corps professoral et étudiant, ainsi que du soutien aux étudiants handicapés, tel que celui mis en place par Handi-Sup Auvergne. Cette association étudie les besoins de l’étudiant handicapé et l’accompagne dans sa scolarité. Elle constitue un partenaire privilégié pour la mise en place des adaptations au sein de l’école. »
 
 
Propos recueillis par Carla Jordao,
Animatrice déficiente visuelle de Starting-Block
 

La Marraine de la campagne

Marie-Amélie Le fur, double vice-championne paralympique.
Marie-Amélie Le fur, double vice-championne paralympique.

Newsletter



- Association Starting-Block - 23 rue des Balkans 75020 Paris -