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Témoignage de Kelly, marraine de la Journée Handivalides à Paris 12 :

A l’occasion de la Journée Handivalides de l’Université Paris 12, nous avons eu le plaisir de rencontrer Kelly, étudiante en 1ère année de capacité de Droit. Déficiente moteur, Kelly est, depuis un an, accompagnée de son chien d’assistance, obtenu grâce au soutien de l'association Handi'chien, partenaire de la campagne Handivalides. Bilbo a énormément facilité sa vie quotidienne et enrichi sa vie sociale. 

Kelly et Blibo, à l'université Paris 12.
Photo : Kelly et Bilbo à l'université Paris 12
 
 
Comment as-tu entendu parler des chiens d’assistance ?
 
" C’est une longue histoire qui remonte à l’époque où j’avais 9 ans. Je ne connaissais pas encore l’existence des chiens d’assistance. Une amie de ma maman, éducatrice, a fait la suggestion que j’adopte un chien qui pourrait notamment m’aider dans mes déplacements. Nous nous sommes alors renseignés auprès des Chiens Guides d’aveugles mais ils n’avaient pas connaissance de l'existence de chiens d’assistance (qui pourtant existaient déjà depuis plusieurs années).
Alors, j’ai adopté Perla, une Golden, que j’ai gardé pendant 2 ans. J’ai fait des progrès avec elle. Nous l’avons éduquée au fur et à mesure avec ma famille. Elle m’a aidée à marcher. Cela a été très positif. Malheureusement, Perla a été victime d’un accident.
Cette même amie de ma mère a ensuite eu connaissance de l'existence d'Handi’chien, une association qui élève et met à disposition des personnes déficientes motrices des chiens d’assistance. Nous sommes entrées en contact avec eux. Ils sont venus à la maison pour bien cerner mes besoins et cela a été très vite. En 6 mois, j’ai accueilli Bilbo et j’en suis ravie."
 
Justement, comment l'équipe Handi'chien a choisi Bilbo ? Quels étaient tes besoins spécifiques ?
 
" Je ne suis pas en fauteuil. Du coup, il me fallait un chien d’une relative grande taille. L’équipe d’Handi’chien m’a proposé deux chiens d’assistance. Mais je me suis tout de suite sentie bien avec Bilbo et lui aussi est venu tout de suite vers moi. Il m’a aidé à marcher, il est très calme et sensible. C’est important d’avoir un chien d’assistance qui corresponde à son caractère, avec qui on se sente bien."
Bilbo a t’il été bien accepté dans ton lycée et à la fac ?
 
" J’ai eu Bilbo au cours de mon année de terminale et cela a été très difficile. J’en avais parlé à l’administration qui m’avait donné un feu vert de principe. Mais quand j’ai effectivement obtenu Bilbo,  elle ne voulait plus en entendre parler. C’était pour des raisons d’hygiène. Ils disaient avoir peur également que Bilbo perturbe les cours. J’avais beau leur expliquer que Bilbo m’était nécessaire, qu’il facilitait mes déplacements et mon autonomie pendant les cours, qu’il était éduqué et calme, ils ne voulaient rien savoir. Cela a été très tendu pendant 3 mois. Nous ne pouvions nous résoudre à cette décision, alors nous avons été jusqu'à contacter l’académie. Cela a été une période très difficile pour moi. Je ne comprenais pas une telle décision. Je suis tombée malade pendant une longue période, ce qui m’a pénalisée pour mes études. C’était en plus l’année du bac. Finalement, nous avons obtenu gain de cause ; Bilbo a été accepté dans l’enceinte de l’établissement. Cela a été un énorme soulagement de l'avoir avec moi durant les cours. Contrairement aux craintes évoquées par l’administration, la classe était beaucoup plus calme avec Bilbo et il m’a vraiment permis de me rapprocher des autres élèves. Je n’ai plus le même rapport aux autres depuis qu'il m'accompagne.
 
A la fac, j’ai également mis beaucoup de temps à obtenir l’autorisation. Ce n'était pas un refus catégorique comme au lycée mais la réponse a tardé à venir. Il y a ensuite eu une réunion, à l’initiative du chargé de la vie étudiante de l’université, qui a permis de débloquer la situation. Mais même après avoir obtenu l’autorisation du doyen, il a encore fallu que je me batte pour que Bilbo soit accepté à la bibliothèque universitaire, par exemple."
 
Concrètement, que t’apporte Bilbo, notamment au niveau de ton autonomie ?
 
" Il connaît 50 ordres et m’aide pour mes déplacements. Concrètement, il ouvre les portes, ramasse également les objets que je fais tomber, notamment durant les cours. C’est un précieux soutien car avant, quand je demandais de l’aide aux autres étudiants pendant les cours, je pouvais parfois attendre longtemps. Les chiens d’assistance savent aussi ouvrir les placards, chercher de la vaisselle, amener le téléphone…
Je me sens en sécurité avec Bilbo, je peux rester toute seule chez moi sans crainte, je sais que je peux compter sur lui. Je sens vraiment la différence, il m’a changé la vie.
Au niveau de mes échanges sociaux aussi, je peux dire que je me suis vraiment ouverte depuis que j’ai Bilbo avec moi, et les autres viennent plus naturellement vers moi."
 
As-tu d’autres aménagements prévus pour faciliter tes études ?
 
" Oui, je bénéficie du soutien de deux AVS (Assistants de Vie Scolaire) qui font partie de l’association étudiante Alter’. Ils sont rémunérés par la faculté. Cela s’est bien passé dès le début ; je me suis notamment rapprochée de l’une d’entre eux qui m’a présentée à son réseau d’amis.  Cela m’a permis d’avoir une vie étudiante beaucoup plus riche.
Je bénéficie également d’un tiers temps. Au niveau des examens, les choses ne sont toujours pas très bien organisées, ce qui me perturbe assez. Je commence souvent une heure après les autres. Du coup, je ne me sens plus vraiment en situation d’examen, une fois que j’ai attendu une heure, voire plus, pour obtenir tout le matériel dont j’ai besoin. Les gens sont souvent de bonne volonté mais ces soucis d’organisation sont assez lourds à gérer."
 
Au niveau de l’accessibilité de l’établissement, es-tu satisfaite ?
 
"Les locaux sont récents et la faculté est accessible. En revanche, là encore, il y a des problèmes d’organisation qui rendent parfois les choses difficiles. Par exemple, les ascenseurs sont souvent occupés par les professeurs et même en demandant pardon, j’ai encore du mal à me frayer un espace avec Bilbo. A la bibliothèque, il est noté que l’ascenseur est réservé aux livres et aux personnels, ce qui est vraiment difficile à comprendre lorsqu’on sait que certains étudiants ont des difficultés motrices. On hésite à me donner les clés, en me disant qu’on a peur que je vole les livres et les chiens ne sont pas acceptés dans l’ascenseur. Comme quoi, un environnement totalement accessible ne règle pas tous les problèmes, il y a encore un gros travail d’éducation, d’information et de sensibilisation à mener."
 
Quelles sont tes ambitions professionnelles ?
 
"Je souhaite devenir magistrat pour enfants. Cela suppose de très longues études mais ça ne me fait pas peur, je suis très motivée."
 
Propos recueillis par Emilie Ouchet, Starting-Block.
 
 
 

La Marraine de la campagne

Marie-Amélie Le fur, double vice-championne paralympique.
Marie-Amélie Le fur, double vice-championne paralympique.

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