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La Marraine de la Journée Handivalides du 14 avril 2010 :

Sandrine, déficiente visuelle et auditive, a trouvé un peu de temps, parallèlement à sa formation à l'IGS et à son travail en alternance chez Air France, pour parrainer la Journée Handivalides de son école. Elle nous raconte son histoire, la progression de son handicap et les raisons qui l'ont amenée à choisir ce type de formation en contact direct avec le monde du travail.

jeu keski.
PHOTO : jeu Keski sur le handicap, IGS, 14 avril 2010.
 
« J’ai commencé à perdre la vue vers 17 ans, à cause d’une maladie génétique. J’étais alors en terminale. Il a fallu que je prenne de nouvelles habitudes au niveau de mon organisation de travail, notamment en recopiant mes cours sur les notes des autres.

De plus, je suis malentendante en raison de ma maladie et d’otites mal soignées dans mon enfance. Tous ces facteurs cumulés m'ont causé pas mal de difficultés : je n’entends pas bien et, étant déficiente visuelle, je ne peux pas non plus lire sur les lèvres.

Après mon bac, j’ai intégré une première année de BTS compta/gestion mais ça devenait trop compliqué avec mon handicap qui s’aggravait. Je n’arrivais plus à suivre les cours. J’ai dû aussi arrêter de conduire. J’ai commencé des petites missions en intérim mais, avec seulement le bac en poche, c’est difficile de trouver un travail pérenne et intéressant.

Je me suis rapprochée d’associations d’aide aux déficients visuels, comme l’association Paul Guinot. Les membres de cette association m’ont parlé d’une formation de kinésithérapeute, accessible aux déficients visuels. J’ai intégré cette école puis je me suis finalement réorientée ; je ne voulais pas travailler en milieu hospitalier, ayant des difficultés à supporter la souffrance d’autrui.

J’ai ensuite intégré un BTS d’assistante de gestion, en alternance au sein de l’entreprise Expedia.  J’ai obtenu mon BTS et j’ai intégré l’IGS où je vais obtenir un Master 1, réalisé sur 2 ans. Je suis actuellement en 2e année et je travaille en alternance chez Air France dans le domaine des Ressources Humaines (RH). Mon rôle au sein d’Air France est de constituer les dossiers de demande de financement pour les périodes de professionnalisation. C’est un secteur que je trouve très intéressant.

Le seul souci est que mes tâches y sont très spécifiques et que je n’ai pas forcément toutes les compétences nécessaires. J’ai été formée sur le tas et mes cours en RH à l’IGS ne débutent que maintenant. Il me manque une formation théorique et le côté très spécialisé de mon travail ne me permet pas d’avoir une vision générale et d’identifier les différents acteurs.

J’aimerais donc ensuite travailler dans une structure plus petite, où je pourrais avoir une meilleure vue d’ensemble pour apprécier mon travail. En effet, par rapport à mon double handicap, visuel et auditif, je suis obligée d’être très organisée et de faire attention à chaque détail de la vie courante afin de réussir à me repérer. On peut dire que chaque élément a son importance. C’est la même chose dans le travail ; j’ai besoin de cerner les tenants et les aboutissants et d’avoir une vision très précise de mes missions.

Pour le choix des entreprises où je travaille en alternance, j’ai été appuyée et conseillée par l'association Tremplin Entreprises. Par moi-même, je ne contactais que des petites et moyennes entreprises et je ne recevais aucune réponse. Je viens d’une zone rurale et je ne pensais pas forcément à postuler dans des grandes entreprises. Je n’avais jamais entendu parler non plus des quotas de salariés handicapés dans les entreprises de plus de 20 salariés. Or, pour une petite entreprise, je me rends compte aujourd’hui qu’accueillir une personne handicapée et faire les aménagements que cela peut impliquer représente un vrai coût humain et financier.


A l’IGS, les aménagements me conviennent. Les professeurs sont plutôt attentifs. Ils s’arrangent pour me faire des polycopiés. Il est vrai néanmoins que mon handicap n’étant pas visible, cela peut arriver que les gens l’oublient. Or, je ne supporte pas d’être dans une ambiance trop bruyante et si plusieurs personnes parlent en même temps, je n’entends plus le formateur. Et comme, en plus, je ne vois pas le tableau… Mais on sent une vraie volonté de l’école d’intégrer les étudiants handicapés et un bon suivi via la mission handicap créée il y a deux ans. 

Au niveau des aménagements, j’ai déjà bénéficié de tiers temps supplémentaires pour des concours nationaux mais à l’IGS, on fonctionne beaucoup au cas par cas.  J’ai des supports adaptés et j’arrive ainsi à me débrouiller avec le même temps que les autres.

Le fait d’avoir choisi des études assez professionnalisantes dès le départ me satisfait totalement. Je pense que c’est un atout. Mon handicap s’est développé pendant ma formation initiale et pendant une période, c’était extrêmement décourageant de voir que je ne réussissais plus à travailler comme les autres. Aujourd’hui, au niveau du travail, je suis autonome et j’ai via Air France un matériel complètement adapté et à la pointe. C’est appréciable, évidemment.

Concernant Handivalides, c’est vrai que j’ai un peu suivi le mouvement. Quand on m’a proposé d’être présente à la table ronde de la journée. Je n’avais pas vraiment réfléchi à la chose mais c’est vraiment une bonne chose de sensibiliser les étudiants, dès leur formation. A long terme, ça permettra de faire changer les mentalités et d’améliorer l’accès à l’emploi des personnes handicapées.

Personnellement, je peux comprendre que certains étudiants handicapés décident de ne pas poursuivre leurs études, Pour ceux qui habitent dans des zones rurales, par exemple, il est très difficile de se déplacer. Ce n’est pas forcément facile non plus de quitter le nid familial, tant pour le jeune que pour sa famille. D’autres encore n’ont pas envie de dévoiler leur handicap. Il y a aussi un vrai déficit d’informations sur les formations existantes, les métiers possibles, les débouchés...

Enfin, il faut reconnaître aussi qu’être étudiant handicapé, ça demande beaucoup plus de concentration et de travail. On se fatigue beaucoup plus vite. Il faut être extrêmement motivé.

Pour moi, désormais, au niveau des études, cela se passe bien. Mais j’ai encore des appréhensions par rapport à l’intégration professionnelle. Je ne veux pas être recrutée pour mon handicap. Comme j’ai peur d’être moins performante que les autres, je me mets la pression. Je travaille deux fois plus et ma vie sociale s’en ressent. Or, avec mon handicap, j’ai besoin de beaucoup de sommeil pour récupérer. Par rapport à mon handicap, j’ai aussi peur d’être un « boulet » pour les autres. Lorsque je suis face à un groupe de plus de quatre personnes, par exemple, j’ai du mal à suivre. Donc j’évite ces situations au maximum. J’évite aussi la foule où je ressens paradoxalement un fort sentiment d’isolement. Quant au bruit, il me rend irritable.

L’année prochaine, lorsque j’aurai fini les cours et que j’aurai plus de temps, je compte tout de même m’inscrire à une activité sportive, pour me libérer l’esprit ! Ce n’est pas possible pour moi de suivre des cours collectifs donc je m’oriente plus vers la course à pieds, le fitness, la musculation… Ou vers un sport adapté… Mais bon, j’ai encore un peu de temps pour me pencher sur cette question ! »
 
Propos recueillis par Emilie Ouchet, Starting-Block