Photo : Forum Handivalides à Polytechnique, 15/02/2011.
Comprendre le handicap psychique
Le handicap psychique est mal connu du grand public ; certains étudiants ont d’ailleurs précisé qu’ils entendaient pour la 1ère fois parler de ce handicap. Longtemps associé -à tort - au handicap intellectuel, il est reconnu à part entière depuis la Loi dite Handicap de 2005 (
définition en cliquant ici).
Le handicap psychique est la conséquence de pathologies chroniques. Ainsi Mme Bréhant, psychologue clinicienne, précise que « les capacités mentales, intellectuelles ou cognitives restent intactes mais peuvent être altérées par les symptômes de la maladie». Il n’y a pas de définition générale de ce handicap mais quelques points communs notamment la grande souffrance ou encore l’isolement qu’il induit. Une personne atteinte d’un handicap psychique a témoigné lors de la table ronde en expliquant combien il était difficile pour son entourage de reconnaître sa maladie. Ses hospitalisations régulières, avec ce que cela implique comme isolement, manque d’autonomie et perte de confiance en soi ont rendu difficile sa réinsertion sociale. Il faut noter néanmoins que le handicap psychique peut prendre des formes très diverses suivant les personnes et les pathologies et qu'il peut engendrer des symptômes ayant des impacts très différents sur la vie sociale des personnes atteintes.
Spécificités des grandes écoles
Les psychologues présentes lors de la table ronde ont expliqué que, lorsqu'un jeune est en difficulté, son entourage pourra être alerté par des indicateurs tels que l'absentéisme ou la baisse des résultats. Or, souvent très bons élèves, les étudiants en souffrance psychique ont tendance à maintenir une forte exigence sur leurs études. Ainsi, lorsque les résultats scolaires s’effondrent, cela veut dire qu'ils sont déjà à un stade très avancé de souffrance. Les symptômes récurrents sont alors, selon Mme Delaigue, responsable du service Psychologie à l'école Polytechnique, la consommation d’alcool, de drogue, l’achat compulsif de jeux vidéos etc.
Contrairement à l’université qui permet de rester à proximité de sa ville d’origine, les étudiants qui entrent en grande école se retrouvent souvent loin de leur entourage familial, avec de nouvelles responsabilités, ce qui peut les fragiliser.
On note également parfois un écart, qui peut aller jusqu'au sentiment de désillusion, entre les ambitions du jeune et la réalité vécue ( une forte déception, par exemple, de n’avoir pu accéder aux écoles les plus prestigieuses visées). Ce sentiment est renforcé parfois par les réactions des familles qui accentuent la pression qui pèse sur les épaules du jeune. Autre élément fragilisant : le manque de réflexion sur l’orientation. Bien souvent ces jeunes ont suivi un parcours « d’élite » : Bac scientifique, écoles préparatoires, et la question de l’orientation ne s'est posée qu’à l’entrée de la grande école. Un des leviers pour les aider est donc de les accompagner dans la définition de leur projet professionnel.
L’accompagnement au sein de l’établissement
Les services de psychologie : accompagner au mieux les étudiants pendant leurs études
Ouvert en 1946, le service de psychologie de Polytechnique est le plus ancien de France. Les psychologues y reçoivent, chaque début d’année, tous les élèves par groupe de 8 pendant 1 heure . Il est en effet nécessaire d’informer tous les étudiants qu’ils peuvent y bénéficier d'un accompagnement. Deux éléments sont primordiaux pour un service de psychologie à destination d'étudiants, selon Mme Delaigue ; la confidentialité et l’initiative qui doit toujours venir de l’étudiant.
Les enseignants, le personnel administratif et les autres étudiants, un rôle de relais
Les psychologues peuvent conseiller tout étudiant ou professeur, qui aurait dans son entourage un jeune en souffrance, afin de l’amener à consulter. Selon les psychologues présentes, la difficulté pour les professeurs est qu'ils ne peuvent à la fois être en posture d’évaluateur du jeune et d’accompagnant. Ceux-ci expriment d’ailleurs leur impuissance face aux souffrances repérées dans leur classe et la difficulté de déterminer le moment où il faut « passer le relais ». D’où l’importance de travailler en réseau : psychologues, universités, écoles... Ainsi, les enseignants n’ont pas à assumer seuls cette lourde responsabilité. Les intervenants insistent également sur l’importance du choix du psychologue qui doit bien évidemment être compétent mais également maîtriser les problématiques spécifiques des étudiants en grandes écoles.
Les structures externes :
- Le relais étudiant Lycéen : consultations pour des jeunes qui se sentent en difficulté. Ils seront reçus à 6 reprises par une équipe pluridisciplinaire : psychologue, psychiatre et enseignant.
- L’association de santé des grandes écoles : 15 psychologues de grandes écoles françaises se regroupent et organisent des colloques pour soutenir, fédérer, et développer les initiatives et les actions dans tous les domaines de la santé des élèves.
Ainsi, la diffusion d’informations sur ce handicap et le travail en réseau (pour rompre l’isolement et l’impuissance) s’avèrent nécessaires voire vitaux. Cette table ronde se conclue sur l’importance, pour les étudiants qui ont participé à cet échange – via le BDE par exemple - de relayer l’information afin de briser les tabous autour de ce handicap et permettre aux étudiants concernés de se faire aider.
Mathilde Connan, Starting-Block