Le 28 décembre 2006, Blandine est victime d’une rupture d’anévrisme – Le destin la rattrape et lui rappelle que la vie ne tient qu’à un fil. Et pourtant… Déterminée et positive, elle nous raconte son parcours et son engagement dans la dynamique « starting-block».
Mon histoire…
Je poursuivais mon stage d’interne en Gynécologie obstétrique et ma vie suivait paisiblement son cours avec tous les ingrédients de bases nécessaires à une vie étudiante satisfaisante. Mais, il y a 3 ans , j’ai été victime d’une rupture d’anévrisme paralysant tout mon côté droit. Ce qui a été terrible pour moi, ça a été de ne plus réussir à m'exprimer, alors que mes pensées, elles, continuaient au même rythme qu'auparavant. Ce tragique accident a donc eu pour conséquence de chambouler totalement mon quotidien. Durant les premiers mois, je me suis donnée la force de croire que je pouvais continuer à vivre normalement, comme si rien ne s’était passé…
Chose vraisemblablement impossible ! Tous mes petits gestes, petites pensées, petits désirs… même anodins ne pouvaient plus être vécus comme avant mon accident. Mais je me suis relevée et me suis donnée la force de continuer à me battre. Après une phase de déni, j'ai accepté le fait que plus rien ne serait comme avant mais j'ai compris aussi que mes quêtes les plus profondes n’en demeuraient pas moins intenses ! Déterminée et soutenue par une maman et une soeur très présentes, j’ai aujourd’hui repris des cours à l’Université Paris V. Je sais que je ne pourrai pas re-pratiquer la chirurgie, car, aujourd’hui, mes gestes sont beaucoup plus lents. Mais je vais essayer malgré tout d'être un bon médecin, avec en plus ce que mon histoire personnelle pourra justement m'apporter dans la relation avec mes patients. Je n'ai jamais baissé les bras et je veux m’ouvrir malgré tout toutes les voies possibles et concevables au vu de mon handicap.
Mon engagement dans la dynamique Handivalides…
J’ai été contacté par le Président de l’association SOLEM qui m’a présenté la journée Handivalides et proposé d’y participer en tant que marraine de la journée de l'Université Paris V. C’est avec plaisir et conviction que je me suis engagée dans la dynamique, avec pour objectif de sensibiliser un maximum d’étudiants au handicap. Mais, parmi les étudiants en situation de handicap, je suis la seule a voir répondu présente à cette invitation : cela reflète selon moi la visibilité presque nulle des étudiants handicapés de notre université et me fait douter un peu de l'efficacité de notre action !
Cet évènement est en tout cas l’occasion d’échanger, partager et sensibiliser autour du handicap. Le temps d’une journée, il nous est donné l’occasion de faire entendre nos frustrations, colères et espoirs quant à la manière dont le handicap est perçu et les personnes handicapées considérées. Il s’agit aussi de dresser l’état des lieux de la situation des personnes handicapées au sein de l’établissement et des efforts encore à consentir : manque d’accessibilité de certains locaux, absence d’encadrement spécifique sur certaines questions liées au handicap etc.
Pour ma part, il m’est arrivé de tenter en vain d’obtenir des informations pendant des mois et de me faire remballer de service en service, à devoir répéter encore et encore mon histoire… A force, je peux me permettre d’affirmer que la fatigue et la démotivation peuvent prendre le dessus parfois ! J’ai aussi été confrontée au manque de considération de certains élèves : ainsi, il m’est arrivée de me voir « éjectée » d’un local par manque de patience d’une étudiante « pressée » pour qui j’étais trop lente à son goût.
En continuant à avoir confiance en la nature humaine, cette journée de sensibilisation sera l’occasion d’apporter des réponses aux questionnements parfois secrets de certains étudiants.
Mon rôle de marraine…
J'aimerais partager mon histoire, sensibiliser au handicap et faire prendre conscience du quotidien parsemé d’embûches à affronter quand on est en situation de handicap. Faire comprendre qu’il suffit très souvent d’un zeste d’humanité et d’un rappel de certaines valeurs de bases pour faire avancer les choses. La sensibilisation des gens est pour moi, la meilleure des propositions… Dans un premier temps du moins, ensuite vient le temps des alternatives certes déjà envisagées mais encore trop peu prises en compte au jour d’aujourd’hui !
Blandine,
30 ans, étudiante en médecine à Paris V
Propos recueillis par Smahen Amrani.